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Les aventures de la coiffeuse à domicile.

Une coupe pas comme les autres

Par Catherine Boismenu ·

Par Catherine Boismenu,
Un après-midi, je discutais avec une amie, de la coiffure à domicile. Elle est fascinée par mes histoires et elle m’a lancé, un peu inquiète : «Heille… c’est quand même dangereux, ton métier. Autant sur la route qu’à domicile». Et honnêtement, sur le coup, je n’y avais jamais vraiment pensé. Dans ma tête, je n’ai jamais l’impression de prendre des risques. Je sais surtout que j’aide des gens avec mes services… Et ça, c’est ma plus belle mission : alléger le quotidien des gens. Mais il y a une fois où j’ai été confrontée à une autre réalité, peut-être un peu plus dangereuse, disons.

Un membre de la famille d’un client m’avait contactée pour aller lui couper les cheveux à l’hôpital, dans une aile plus isolée. La personne qui m’avait contactée ne pouvait pas être présente au rendez-vous pour m’assister et, naïvement, je lui ai répondu : «Aucun problème».

Je me rends donc sur place. La journée venue, je me présente à l’accueil. La personne à l’accueil, que je connaissais à ce moment-là, me regarde et me dit : «Non, Cath, tu ne peux pas entrer seule dans la chambre. C’est dangereux pour ta sécurité. À ta grosseur, il pourrait te casser en deux».

Moi, un peu prise au dépourvu, je réponds : «La coupe est déjà payée… et je ne peux pas revenir cette semaine».

Finalement, un compromis est trouvé : un employé reste avec moi dans la chambre pendant la coupe. Et honnêtement… ça m’a vraiment rassurée. Parce qu’on va se le dire : j’ai des ciseaux entre les mains.

La coupe a duré 10 minutes, top chrono. Tout s’est super bien passé. Ensuite, un mois plus tard, la personne responsable me recontacte pour un autre rendez-vous pour la même personne.

Je précise immédiatement que je dois absolument être accompagnée, sinon je n’ai pas le droit d’entrer dans la chambre, et qu’un membre de la famille doit être présent. Après plusieurs échanges, on réussit à organiser le tout.

Cette fois-là, quand je me suis présentée au rendez-vous, le client, m’a reconnue et il a décidé de faire le clown.

Avant de s’asseoir sur la chaise, il s’est placé devant moi, m’a fixé dans les yeux, puis a avancé son corps d’un coup en faisant un gros : «BOOOO!». Comme dans les films d’horreur. Mais, en même temps, j’ai bougé légèrement sur le côté… et sa blague n’a pas fonctionné du tout.

J’ai simplement répondu, d’un ton neutre et banal : «Boo».

Il s’est assis, complètement surpris. Aucune réaction, aucune émotion. Tellement déçu que sa blague n’ait pas marché… il n’a plus rien dit.

Avec du recul, je pense que j’étais en mode protection. J’analysais chacun de ses mouvements, sans même m’en rendre compte, pour assurer ma sécurité. Mais ce n’était pas fini!

Je suis retournée une troisième fois lui couper les cheveux et celle-là a été vraiment particulière. Je n’avais pas le droit d’entrer ma valise dans la chambre. Pas de ciseaux, pas de tondeuse de finition, seulement un clipper et mon peigne à coupe. J’étais escortée par un agent de sécurité et une intervenante. La chambre était minuscule. Nous étions quatre à l’intérieur avec le client. Et une autre personne se tenait à la porte, laissée déverrouillée, prête à intervenir à tout moment.

C’est une situation très spéciale et, honnêtement… ce n’est pas tout le monde qui peut faire ce genre d’intervention avec respect et compassion. Je ne connais pas son histoire. Je ne sais rien de sa vie, et ça ne me regarde pas. Je savais seulement qu’il pouvait être très violent. Tout le monde était tendu, mais quand il m’a vue, j’ai vu dans ses yeux qu’il était content, des yeux doux, respectueux. Comme si j’étais un membre de sa famille.

Il s’est levé, s’est assis sur la chaise. J’ai remarqué une revue d’hockey sur le bord de la fenêtre. Alors, on a parlé de hockey pendant toute la coupe. J’ai même pris le temps, avec mon clipper, d’amincir son toupet, comme il dit. En sortant de la chambre, l’intervenante m’a dit : «Mon dieu… aujourd’hui, c’était une bonne journée pour lui. Il avait de la jasette».

Dans ma tête, ce que je voulais vraiment répondre : «Non… c’est parce qu’il a reçu de la visite». Une personne extérieure. Quelqu’un qui n’est pas de la famille. Quelqu’un qui est venu le voir comme un humain, pas comme un dossier…

La morale de l’histoire : tout le monde a besoin d’un ami ou d’une amie. De quelqu’un avec qui parler de ce qu’on aime. Pas besoin de force. Juste de présence…

Cette chronique est inspirée de moments réels vécus dans mon quotidien de coiffeuse à domicile. Par respect pour mes clientes, les noms et certains détails ont été modifiés.

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